Santé psychique

Arrêt maladie et dépression : en parler, la prolongation, la reprise

ConsultMalin ne fournit aucun avis médical. Ce guide explique les règles générales ; c'est votre médecin qui décide d'un arrêt et de sa durée.

Mis à jour le · 8 min de lecture · L’équipe ConsultMalin

Règles vérifiées le 22/10/2026 sur les sources officielles citées en bas de page. Notre méthode

La réponse courte

Une dépression peut justifier un arrêt de travail, mais c'est le médecin qui l'évalue et qui fixe la durée. Aucune durée n'est fixe ni due : l'Assurance Maladie donne seulement des repères aux médecins pour un premier épisode léger ou modéré.

Une dépression peut justifier un arrêt de travail

La dépression est une maladie. Comme toute maladie, elle peut rendre le travail impossible pour un temps. Un arrêt peut alors être prescrit.

Mais il n’y a rien d’automatique. Le médecin évalue votre état, votre capacité à travailler et votre poste. Puis il décide si un arrêt est adapté, et pour combien de temps. Il peut aussi proposer autre chose : un traitement, un suivi rapproché, une orientation vers un spécialiste ou le médecin du travail.

Ce guide ne dit pas si votre situation relève d’une dépression. Seul un professionnel de santé peut le dire, après vous avoir écouté.

Aucune durée fixe, ni due

Beaucoup de personnes cherchent la durée moyenne d’un arrêt de travail pour dépression. Il n’existe ni durée fixe, ni durée à laquelle vous auriez droit.

La durée dépend de votre état, de son évolution et de votre travail. Deux personnes avec le même diagnostic peuvent avoir des besoins très différents.

L’Assurance Maladie donne toutefois des repères aux médecins, pour un premier épisode léger ou modéré. Les voici.

Les repères que l’Assurance Maladie donne aux médecins

En juin 2026, l’Assurance Maladie (Cnam) a publié une aide à la prescription destinée aux médecins généralistes (ameli médecin). Elle porte sur l’épisode dépressif caractérisé, le terme médical utilisé pour la dépression. Elle vise un premier épisode de l’adulte, dit inaugural, d’intensité légère ou modérée. L’épisode sévère n’est pas traité par ce document.

Le document pose deux principes. La prescription d’un arrêt n’est pas systématique, en particulier pour un épisode léger. Et le médecin garde une latitude importante pour adapter sa prescription à chaque patient.

Situation décrite dans le document Repère donné au médecin
Épisode léger Arrêt non systématique. S’il est prescrit, « aux alentours d’une quinzaine de jours semble être une durée initiale maximale optimale ». Les prolongations ne sont pas systématiques non plus et suivent le même repère.
Épisode modéré S’il est indiqué, l’arrêt initial peut aller de 15 à 30 jours. Il s’accompagne d’un suivi rapproché, avec un rendez-vous entre le 8e et le 10e jour.
Pendant l’arrêt Le temps partiel thérapeutique peut être prescrit dès le premier arrêt. Le document rappelle qu’une visite de préreprise est possible dès 30 jours d’arrêt.

Ces durées sont des repères destinés aux médecins ; elles ne constituent ni un droit ni une durée garantie.

C’est le médecin qui pose le diagnostic et qui évalue la sévérité de l’épisode. Il peut s’aider d’échelles d’évaluation, mais elles ne remplacent pas son examen. Ce guide ne propose aucun moyen de vous auto-évaluer. Pour un épisode sévère ou qui n’est pas le premier, ce document ne donne pas de repère.

Les plafonds de durée par prescription

Ce que la règle fixe, ce sont des plafonds par prescription, depuis le 1er septembre 2026 (F303) :

Prescription Durée maximale par prescription
Premier arrêt 31 jours
Chaque prolongation 62 jours
Au-delà de ces durées possible si le médecin le justifie sur la prescription

Ces plafonds ne limitent pas la durée totale de l’arrêt. Plusieurs prolongations sont possibles (F303). Ils obligent simplement à refaire le point régulièrement avec le médecin. Notre guide sur la durée maximale d’un arrêt maladie détaille ces règles.

Qui consulter, et qui peut prescrire un arrêt

Plusieurs professionnels peuvent vous aider. Tous ne peuvent pas prescrire un arrêt de travail.

Professionnel Rôle Peut prescrire un arrêt ?
Médecin généraliste (souvent votre médecin traitant) Premier interlocuteur, suivi, orientation Oui
Psychiatre Médecin spécialiste de la santé mentale Oui
Autre médecin (urgences, garde) Situation urgente ou ponctuelle Oui
Psychologue Écoute, psychothérapie Non, il n’est pas médecin

Tout médecin peut prescrire un arrêt, pas seulement le médecin traitant (F303). Le médecin traitant est celui que vous avez déclaré à l’Assurance Maladie pour coordonner vos soins. Un arrêt est prescrit par un médecin, ou par une sage-femme ou un dentiste dans leur domaine (F303). Le psychologue n’est pas médecin : il ne prescrit pas d’arrêt de travail. Son suivi reste précieux, et vous pouvez en parler au médecin.

Une consultation en vidéo est possible, mais l’arrêt prescrit ainsi a des limites. Voir notre guide sur l’arrêt de travail en téléconsultation.

Préparer la consultation quand on a du mal à parler

La dépression rend souvent les mots difficiles. On minimise, on oublie, on pleure, on se tait. C’est fréquent, et les médecins le savent.

Quelques solutions simples :

  • Écrire avant. Une page de notes, remise en début de consultation, dit l’essentiel même si la parole bloque.
  • Venir accompagné. Un proche peut vous aider à vous souvenir des faits, avec votre accord.
  • Le dire tel quel. « J’ai du mal à en parler, j’ai tout écrit » suffit pour commencer.

Décrire son quotidien plutôt que des étiquettes

Le médecin a besoin de faits concrets. Il n’attend pas que vous posiez vous-même un diagnostic. Décrivez ce qui a changé dans votre vie de tous les jours.

Domaine Exemples de questions à vous poser
Sommeil Est-ce que je dors moins, plus, ou mal ? Depuis quand ?
Concentration Est-ce que je relis trois fois le même mail ? Est-ce que j’oublie des rendez-vous ?
Énergie Quelles activités me demandent un effort que je n’arrive plus à fournir ?
Tâches impossibles Qu’est-ce que je ne parviens plus à faire, au travail et à la maison ?
Travail Quelles tâches de mon poste me posent problème ? Horaires, charge, trajets ?
Évolution Depuis quand ? Est-ce stable, ou de pire en pire ?
Soins déjà engagés Quels traitements, quels professionnels déjà consultés ?

Le retentissement, c’est l’effet concret de votre état sur votre vie. « Je suis fatigué » dit peu de chose. « Je n’arrive plus à répondre au téléphone au travail » en dit beaucoup plus. Notre guide pour parler d’un arrêt de travail à son médecin donne d’autres repères.

Dites les choses telles qu’elles sont, ni plus, ni moins. Exagérer n’aide pas. Minimiser non plus.

La prolongation : faire le point sur l’évolution

À la fin de l’arrêt, le médecin peut le prolonger s’il l’estime nécessaire. En principe, c’est le médecin traitant ou celui qui a prescrit le premier arrêt (F303). Exceptions : son remplaçant, un spécialiste consulté à la demande du médecin traitant, ou le médecin qui vous suit pendant une hospitalisation (F303).

Pour cette consultation, il est utile de noter :

  • l’évolution depuis le début de l’arrêt : ce qui va mieux, ce qui ne change pas, ce qui va moins bien ;
  • le traitement : ce que vous prenez, et ce que vous avez remarqué ;
  • le suivi : les rendez-vous avec un psychiatre ou un psychologue, et leur fréquence.

Au-delà de 3 mois de prolongation, le médecin peut demander l’avis du service du contrôle médical de l’Assurance Maladie (F303). Notre guide sur la prolongation d’un arrêt maladie détaille les règles.

Quand la dépression dure : l’ALD n° 23

Une affection de longue durée (ALD) est une maladie grave ou chronique qui demande un traitement prolongé.

La Haute Autorité de santé (HAS) publie un guide pour l’« ALD n° 23 » : les troubles dépressifs récurrents ou persistants chez l’adulte (HAS). L’admission en ALD passe par un protocole de soins : un document qui liste les soins nécessaires. Son adaptation à chaque patient relève d’un dialogue entre vous, votre médecin traitant et le médecin-conseil de l’Assurance Maladie (HAS).

Cette reconnaissance relève d’une décision médicale et administrative. Si vous vous posez la question, parlez-en à votre médecin traitant.

Les sorties pendant l’arrêt

Les règles de sortie dépendent de ce que le médecin a indiqué sur l’arrêt (F12415). Trois cas existent :

  • Sorties interdites : si votre état de santé ne le permet pas.
  • Sorties autorisées à horaires fixes : vous devez être chez vous de 9 h à 11 h et de 14 h à 16 h. Cela vaut aussi les week-ends et jours fériés. Une absence n’est tolérée sur ces plages que pour des soins ou examens justifiés.
  • Sorties libres : sans contrainte d’horaire. Le médecin doit justifier cette autorisation par des éléments médicaux inscrits sur l’arrêt.

Si vous séjournez à une autre adresse, elle doit être signalée à votre caisse (F12415). Un séjour à l’étranger peut interrompre le versement des indemnités journalières. Ne pas respecter ces règles peut entraîner la suspension des indemnités ou une sanction financière (F12415).

La reprise du travail

La reprise se prépare, souvent avec le médecin du travail. C’est le médecin de votre entreprise ou de son service de santé au travail. Il vérifie si votre poste est compatible avec votre état.

  • La visite de préreprise peut être organisée pendant un arrêt de plus de 30 jours. Vous, votre médecin traitant, le médecin-conseil ou le médecin du travail pouvez la demander (F2871). Elle peut déboucher sur des recommandations d’aménagement du poste.
  • La visite de reprise est obligatoire après un arrêt d’au moins 60 jours pour une maladie non professionnelle, sauf dispense (F2871). Elle a lieu dans les 8 jours suivant le retour (F144).
  • Le temps partiel thérapeutique permet une reprise à temps partiel, prescrite par le médecin traitant. Le médecin du travail donne son avis, puis l’employeur doit donner son accord. Le médecin conseil de la caisse décide du versement d’indemnités journalières (F144).

Ce n’est pas à ce guide de dire quand ni comment reprendre. Ces décisions se prennent avec vos médecins. Notre guide sur l’arrêt de longue durée et la reprise va plus loin.

En cas de détresse

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes en danger, n’attendez pas la consultation.

  • 15 : SAMU, urgence médicale.
  • 112 : numéro d’urgence européen.
  • 3114 : numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24 et 7 j/7. Un professionnel du soin formé vous répond. Vos proches peuvent aussi l’appeler (3114.fr).

Et ensuite

  1. Préparer (gratuit jusqu’à l’aperçu) : notre questionnaire vous aide à mettre sur une page votre sommeil, votre concentration et ce qui est devenu difficile. Vous la montrez au médecin.
  2. Après la consultation : si un arrêt est prescrit, envoyez-le dans les 48 heures (F303). Le suivi des échéances et de la reprise se fait sur DossierMalin. Pour une prolongation, l’outil /prolongation/ compare votre état avant et après.

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